et pourquoi pas demain
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5.3.17

en février {2017}









… Début février, yann et moi avons fait une escapade de deux jours à Bruxelles. Eric, à la librairie Candide a eu la gentillesse de m'inviter un dimanche après-midi pour fêter la parution de la nouvelle édition d'In the mood for… Bruxelles. L'occasion de découvrir (encore) de nouvelles adresses dont deux géniales pour brancher ainsi que le meilleur resto italien de la ville (pas un italien chic, mais des recettes de pâtes divines et ultra copieuses servies dans la poêle, comme on en mange à Naples…) : je les garde sous le coude pour la troisième édition du guide j'espère.

Je lis trop peu en ce moment, mais j'ai profité de notre semaine dans le Jura pour savourer deux bons romans. Un bonheur le soir après le ski de fond…
J'ai lu Le Tireur, de Glendon Swarthout, qui nous avait été conseillé par une libraire de Filigranes Corner, à Bruxelles. Un petit roman hyper original qui m'a beaucoup plu. 1901. John Books, le tireur le plus célèbre de l'Ouest, apprend qu'il est atteint d'un cancer et qu'il ne lui reste quelques semaines à vivre. Son médecin lui annonce une agonie terrible. Il s'installe dans une pension tenue par une veuve qui l'accueille avec une certaine froideur. En revanche, son ado de fils, est fasciné par leur hôte. L'annonce de la mort prochaine du héros se répand vite. Certains veulent profiter de sa faiblesse pour le supprimer tandis que d'autres défilent dans sa chambre pour tenter de gagner de l'argent sur son dos. Seules sa relation avec sa logeuse et son médecin sont sincères. C'est un très beau roman sur les derniers jours d'un homme qui regarde son passé, veut savourer chaque instant de son présent et décider de sa mort. La mort du "Tireur" symbolise aussi celle d'une époque.
J'ai adoré Celle qui reste, celle qui fuit, le troisième tome d'Une Amie prodigieuse. Les chemins de Lila et d'Elena, à l'approche de la trentaine, se sont écartés encore davantage : restée à Naples, Lila est ouvrière dans une usine de salaison, se tue au travail et élève son fils. Elle est épaulée par le fiable Enzo, qui veille sur eux. Elena, à Florence, est sur le point réaliser de votre son rêve : après l'énorme succès de son premier roman, elle va épouser Pietro, universitaire plein d'avenir,  et se destine à une carrière d'écrivain. Mais elle est hantée par le souvenir de Nino, son amour de jeunesse et l'inspiration lui fait défaut. La psychologie des deux femmes est complexe, leur relation l'est davantage encore. L'arrière plan social est passionnant (la naissance d'un mouvement féministe et les luttes prolétariennes qui s'opposent à des groupes fascistes) mais ne nuit pas à la force des destins individuels que nous raconte Elena Ferrante.



29.12.16

en novembre & décembre {2016}



{Donville}


Je prends un peu de temps durant ces vacances normandes (Granville/Gahard/Omonville-la-Rogue) pour revenir sur mes lectures et films de novembre et décembre.

J'ai trop peu lu ces dernières semaines, mais je retiens de cette fin d'année, Sauveur & fils 2, de Marie-Aude Murail (L'Ecole des Loisirs), aussi réussi que le premier. J'ai retrouvé avec plaisir Sauveur, psychologue antillais -qui porte très bien son prénom- et ses jeunes patients. Parmi eux, Ella/Eliott, Margaux… Certains patients ont quitté le roman : thérapie terminée ou interrompue tandis que de nouveaux arrivent. Marie-Aude Murail parvient à aborder de nombreux sujets sans tomber dans l'effet catalogue. Tous ces patients sont réellement incarnés. Je suis un peu moins convaincue par le personnage de Louise, le nouvel amour de Sauveur, même si le comportement de son ex-mari (qui après l'avoir plaquée pour une autre femme, se révèle jaloux et odieux lorsque Louise tombe amoureuse d'un autre) est d'un réalisme criant. Un roman d'utilité publique qui fait subtilement passer le message qu'un enfant ou un ado en souffrance l'est le plus souvent à cause de liens familiaux problématiques. Et que plutôt que de le stigmatiser, une thérapie familiale qui permet à d'interroger les liens et la place de chacun dans la famille, peut être grandement bénéfique. Une lecture pour adolescents, dès 13-14 ans et pour les parents. J'attends avec impatience la sortie du troisième tome.
           Double faute, d'Isabelle Panzadopoulos (Gallimard), est aussi un très beau roman psychologique mettant en scène un père qui veut faire de ses deux fils des champions de tennis. Comme Marie-Aude Murail, l'auteure s'est énormément documentée avant d'écrire son livre.  


 Côté littérature pour adulte, l'an passé j'avais adoré Un bonheur parfait, de James Salter et j'ai poursuivi ma découverte de ce grand auteur américain avec Et rien d'autre. L'histoire d'un homme, Philip Bowman, que l'on suit tout au long de sa vie d'adulte. Un mariage, un divorce, des liaisons, un métier d'éditeur qui le passionne, des voyages (Londres, l'Espagne, l'Italie…), des amitiés… Un héros qui n'en est pas vraiment un. Plutôt un homme ordinaire, un peu plus intelligent et cultivé que la moyenne. L'écriture de James Salter paraît extrêmement simple et limpide mais elle dégage une mélancolie folle. Il suggère avec une force impressionnante le temps qui file et l'éphemérité de la vie. Lire une très belle critique parue dans Télérama par ICI.

Au cinéma, deux films m'ont enthousiasmée en cette fin d'année  : Manchester by the sea, de Kenneth Lonnergan, et pas seulement pour la présence de Casey Afleck (qui cela dit confirme qu'il est un très grand acteur). Il est sorti il y a déjà plusieurs semaines et je ne vais donc pas revenir sur l'histoire mais c'est très beau et fort.
Quelques minutes après minuit, de
Juan Antonio Bayona, m'a complètement bouleversée. L'affiche est assez trompeuse et laisse à penser qu'il s'agit d'un film pour enfant. Certes, le fantastique (un arbre qui prend vie) fait irruption dans le film, mais il n'est qu'un moyen de dire (et surtout de "faire dire" au jeune héros) des choses et ses sentiments complexes et douloureux. C'est un film sur le deuil, sur la mort, sur le sentiment de culpabilité. Même si on peut regretter que certaines scènes n'échappent pas aux clichés, pour ma part je pardonne aisément au réalisateur car d'autres sont tout l'inverse. Je n'aurais pas imaginé pouvoir être si bouleversée devant une scène entre un arbre qui parle et un enfant… {sortie le 4 janvier / à ne pas recommander avant 12 ans}.
Swagger m'a beaucoup émue. Le réalisateur a passé quatre ans avec ces pré-ados d'une cité de banlieue parisienne et il nous propose un regard différent sur la banlieue et aux antipodes de ce que les infos veulent nous donner à voir. Il filme des jeunes "normaux", timides ou extravertis, drôles ou inquiets… Leur vie n'est pas rose bien évidemment, mais ils ont des envies, des rêves, un vrai regard sur le monde et sur notre société. Un film qui fait beaucoup de bien et qui m'a mis la larme à l'oeil. 
Premier contact est  génial : un film sur les Alliens sans effets spéciaux mais une réflexion sur le langage.  
Dans Cigarettes et chocolat chaud, j'ai trouvé certaines scènes un peu cliché (notamment dans les dialogues des enfants). Mais, j'ai adoré Gustave Kervern et Camille Cottin. Et j'ai beaucoup aimé cette histoire et l'évocation de ce papa veuf et largué qui veut protéger ses filles du vrai monde qu'il trouve trop dur, trop injuste, trop grave. On échappe au happy-end convenu et la réalisatrice nous offre bien mieux : une fin réaliste et optimiste quand même.
Je n'ai pas encore vu Paterson mais ce film me tente beaucoup… 

Dans la vraie vie, nous avons enchaîné les doux, reposants et joyeux séjours pendant ces vacances de noël, en famille (la mienne, celle de yann), puis avec notre amie marie-hélène avec laquelle nous allons fêter le changemement d'année. 
Avant Noël, avec yann, nous avons savouré un déjeuner plus que délicieux au restaurant Le Coquillage, face à la mer, du côté de Cancale. Je vous le recommande très très chaleureusement si vous êtes dans les parages.
Nous avons beaucoup joué au Six qui prend et au Times Up avec les enfants.
Tristan qui refusait de lire jusqu'à présent vient d'enchaîner les quatre premiers tomes d'Harry Potter.
Nous profitons chaque jour des paysages du Cotentin sous le soleil. 
J'ai pu chasser un peu mon mari des fourneaux en deuxième semaine et me lancer dans la préparation d'un osso-bucco, d'une goulash, de soupes (lentilles corail, puis endives). 
Je n'ai pas trouvé le courage de faire un seul footing, tandis que yann court presque deux heures chaque matin. Il reste trois jours, qui sait…!? 
Je prends des photos tous les jours.
Je ne lis pas assez, ça me manque et c'est parce que j'ai failli à mon rituel : entamer mes vacances par un roman de Craig Johanson et retrouver mon shérif préféré Walt Longmire. 
Je réfléchis à une carte de voeux mais en général elle n'est prête qu'à la fin du mois de janvier.  
Je suis contente d'avoir reçu le premier exemplaire de la nouvelle édition d'In the mood for Bruxelles. La livraison complète arrive la semaine prochaine. Beaucoup de travail en perspective pour trouver de nouveaux déposants : mission 2017! Et très vite m'attaquer au prochain guide.
Je rêve à notre voyage de cet été.  
début février un week-end à Bruxelles en amoureux avant d'aller retrouver les paysages somptueux du Jura et de chausser nos skis de fond.
  Je vous dis à bientôt en 2017 (et peut-être avant : j'ai envie de faire par ici une petite selection de mes romans et films préférés de l'année…)
Merci à vous qui passez régulièrement par ici. N'hésitez pas à laisser de petits commentaires de temps à autre, c'est toujours un vrai plaisir de les découvrir et d'échanger ensuite. 
 

31.10.16

en octobre {2016}







"Le convoi brimbalait en rase campagne lorsqu'enfin Elsa parvint à chasser la tristesse du départ pour ne plus songer qu'à sa délivrance. Elle rangea son mouchoir, s'accota à la vitre crasseuse et se prit à regarder les fils du télégraphe s'incurver de poteau en poteau, à contempler les arbres, les fermes éparses qui glissaient sans heurt vers l'arrière en une interminable déclinaison de maisonnettes blanches, de granges rouges et de champs de blé. Chaque kilomètre parcouru était un pas de plus vers la libération."

 {premières lignes de La montagne en sucre, de Wallage Stegner (ed. Gallmeister), écrit en 1971}

J'ai poursuivi mon exploration des romans des éditions Gallmeister avec La montagne en sucre que je voulais lire depuis longtemps. Yann me l'a offert et je me suis plongée avec délectation dans ce pavé (plus de 800 pages). Je ne connaissais pas Wallace Stagner qui est pourtant un immense auteur américain (National Book Award, Prix Pulitzer), auteur d'une trentaine de romans et d'essais écrit tout au long du 20e siècle. La montagne en sucre est en partie autobiographique. Le héros du roman est une héroïne, Elsa (sans doute donc la mère de l'auteur). On la découvre toute jeune, débarquant chez son oncle, dans la petite ville d'Hardanger, dans le Dakota. Elle fuit sa famille du Minnesota et un père, remarié avec la meilleure amie d'Elsa après la mort de sa femme. Très vite, elle s'éprend de Bo Mason, un jeune homme impétueux mais tendre et touchant, marqué par une enfance douloureuse et en quête de réussite. Le couple se marie et connaît des débuts heureux, a deux petits garçons mais Bo est un éternel insatisfait, poursuivant sans fin son rêve américain… Je ne veux pas en raconter plus mais c'est un magnifique roman sur une femme forte et sensible, intelligente et altruiste et dont la loyauté et l'amour des siens guidera la vie. Et c'est une vie entière que l'auteur nous invite à suivre, avec une dernière partie, émouvante et passionnante où le fils cadet prend la relève de la narration. L'auteur développe énormément les relations parents-enfants et les ravages sur les individus -et sur toute une lignée familiale- des défaillances parentales. C'est aussi, bien sûr, un grand roman sur l'Amérique… Sur les conditions de vie terribles dans des coins isolés. Sur le rêve américain, la conquête d'un Ouest de moins en moins vierge pour les personnages du roman qui évoluent au début du 20e siècle. Une très belle et passionnante saga familiale.

                                                             

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"A huit heures, Joseph et Kenneth entrent dans l'épicerie, ils viennent presque tous les jeudis. C'est devenu une sorte d'habitude pour nous trois, sans que l'un de nous l'ait jamais reconnue comme telle. Il arrive que seul l'un des deux vienne. Ou ni l'un ni l'autre. On ne se pose alors aucun question, car on ne se sent pas d'obligation."

{premières lignes de Les belles choses que porte le ciel, de Dinaw Mengestu (Le livre de poche), 2006}

        Autre roman génial, prêté par Falilou. Le titre -
Les belles choses que porte le ciel- est magnifique et tient toutes ses promesses. C'est le premier roman de Dinaw Mengestu, jeune écrivain américain d’origine éthiopienne (paru en 2006). Sépha a quitté l'Ethopie dans des circonstances dramatiques (qui seront révélées à mi-chemin de votre lecture). Il est arrivé, seul, à peine sorti de l'adolescence, à Washington, où il a ouvert une épicerie dans un quartier noir et pauvre. Une épicerie qui vivote tant bien que mal.  Les années passent, rythmées par la visite, chaque semaine, de ses deux amis, immigrés africains comme lui, rencontrés à son arrivée aux Etats-Unis lorsqu'il travaillait comme bagagiste dans un hôtel de luxe. Sépha est comme spectateur et absent de sa propre vie. Une vie de solitude et d'habitudes. Une vie sans rêve, sans espoirs. Un jour, arrive dans le quartier une jeune universitaire, Judith, et sa fillette Naomi, métisse. Elles s'installent dans une vaste demeure du quartier dont la population commence à évoluer et à s'embourgeoiser. Cette rencontre va bouleverser la vie de Sépha. Un court roman sur l'exil, très fort, d'une sensibilité et d'une beauté folles qui dégage tristesse et une mélancolie. On se laisse porter par une écriture précise et poétique. 

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"-Ils utilisaient du feu dans le temps.
Le vieux coq-boy voulait dire que les gars qui avaient la fantaisie de mourir pendant l'hiver au Wyoming trouvaient le repos éternel sous un mètre cinquante de terre gelée.
-Ils construisaient un feu de joie et le laissaient brûler quelque heures pour que ça dégèle, et ensuite ils creusaient la tombe."
{premières lignes de Le Camp des morts, de Craig Johnson, ed. Gallmeister, 2006.}


Enfin, lu au début de nos vacances de la Toussaint aux Pays-Bas, dans la douceur de cette maison où nous avons eu la chance de passer une semaine, Le camp des morts, de Craig Johnson. C'est devenu un rituel de vacances : retrouver mon adoré shérif Walt Longmire du Wyoming. Il faut lire celui-ci entre Little Bird et Molossses dont je vous parlais LA. C'est toujours l"hiver dans les plaines du Wyoming. Des hivers rigoureux faits de chutes de neige, de tempêtes violentes, de températures extrêmes qui isolent encore plus les habitants de ces contrées reculées. Mais la tendresse, la complicité, l'authenticité des rapports humains dans les romans de Craig Johnson est inversement proportionnelle à la rudesse du climat. Les rapports entre les personnages sont directs, vrais, forts, les amitiés "à la vie-à la mort". Celle d'Henri (que Walt surnomme affectueusement "La Nation Cheyenne" et de Walt me touche toujours autant. Ces deux là se connaissent par cœur, sont prêts à tout pour l'autre, et partagent un sens de l'humour décapant. J'ai adoré retrouver Vic, revêche et râleuse, mais au cœur tout tendre / l'indispensable Ruby, qui communique par post-it avec Walt / Sancho le petit nouveau qui est embauché dans ce roman (d'où l'intérêt de le lire avant…) / Dorothy la serveuse placide du seul dinner de la bourgade /Cady la fille avocate de Walt / Lucian le vieux shérif en maison de retraite / Isaac Bloomfield médecin formidable rescapé des camps de la mort/ Bill Mc Dermott le médecin légiste. J'ai remarqué avec ce troisième livre de la saga que les personnages des romans de Craig Johnson étaient plutôt vieillissants (sauf Vic et Sancho) et on est tellement loin de l'ode à la jeunesse et à la beauté. J'aime beaucoup le regard que l'auteur, par l'intermédiaire de Walt, pose sur les femmes. Les femmes auxquelles il est sensible ne sont jamais parfaites physiquement, il souligne leurs petites rides, les défauts qui les rendent uniques et jolies, et elles ont toujours un caractère fort et une belle âme.
Les aventures de Walt Longmire sont drôles (vraiment drôles), pleines de tendresse. Retrouver les personnages de cette saga constitue à chaque fois un moment de réconfort.  Et les quitter me fait toujours un petit pincement au cœur.


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Et quelques mots sur octobre dans les salles…Les deux films qui m'ont le plus marquée sont Une vie entre deux océans, un gros mélo qui s'assume m'a emportée. Les paysages de la côté australienne, les personnages, les acteurs (Alicia Vikander, Michael Fassbender…), l'histoire… : je suis tombée sous le charme. Et coup de cœur pour le film d'animation Ma vie de courgette. Je ne suis pourtant pas une adepte des films d'animation mais celui-ci est bouleversant. L'animation  permet d'aborder un sujet délicat (la maltraitance des enfants) sans pathos, mais avec tellement de sensibilité. Une vraie réussite et la BO est épatante (cette reprise du Vent nous emportera, de Noir Désir, par Sophie Hunger). Un film triste mais à la fin optimiste sans être cul-cul car la résilience est possible et que les belles rencontres peuvent changer une vie. A partir de 9-10 ans. 

en septembre {2016}






Je vais passer vite sur le mois de septembre. Pas de souvenir de lecture marquante mais un film qui m'a emballée et m'a donné envie de repartir sur le champ pour l'Ouest américain : Comancheria, de David Mackenzie. Le réalisateur est britannique et porte un regard à la fois émerveillé sur les somptueux paysages américains mais critique sur une société (le port d'armes, la violence des banques à l'encontre du peuple et des cow boys, violence qui succède à celle dont ont été victimes les Indiens… : il montre comment ce pays s'est construit et continue de se construire sur une violence, d'un autre ordre, mais tout aussi terrible). J'ai aimé que le film oscille entre plusieurs genres dont le réalisateur maîtrise parfaitement les codes : le western, le film de braquage, le thriller mais aussi la comédie. J'ai apprécié l'absence totale de manichéisme : deux flics à la poursuite de deux frères, mais pas de méchants dans l'histoire. Les deux Texas rangers m'ont d'ailleurs énormément fait penser à Walt Longmire et son meilleur ami indien, Henri. Même complicité, même humour, même charme… Le scénariste a forcément lu les romans de Craig Johnson!
J'ai été touchée par Brooklyn Village, film indépendant américain qui raconte l'amitié de deux garçons mise à mal par les relations tendues entre leurs parents. Là encore, pas de manichéisme et beaucoup de finesse et de sensibilité.
Le cinéma français nous a offert deux superbes films, Divines et Nocturama qui m'ont énormément plu. Ils me semblent avoir en commun, dans un style très différent, d'exprimer une réaction de la jeunesse face à une société de plus en plus inégalitaire qui exclut et laisse sur le carreau. Dans Divines, c'est une révolte individuelle et presque instinctive, dans Nocturama, elle est collective et préparée.

Le gros choc du mois de septembre aura été théâtral avec Ça ira, fin de Louis, de Joël Pommerat. Une pièce magistrale de 4h30, passionnante, vivante, enthousiasmante que Pommerat a écrite (quelle écriture!) et mise en scène. Une pièce sur la Révolution française et les Etats Généraux tout autant que sur notre situation politique actuelle. On est plongés (beaucoup de comédiens sont dans la salle parmi les spectateurs) dans des joutes oratoires brillantes qui mettent en lumière la complexité des débats. On peut être d'accord avec un personnage et adhérer au discours du suivant qui est pourtant sur une autre ligne… Il fait naître des émotions fortes en s'adressant aux citoyens que nous sommes. La suite se prépare… {Ça ira tourne encore… par exemple, cette semaine à Rouen, en mai à Foix…}

14.4.16

en mars {2016}



Alors en mars, pas beaucoup de culture. Même pas lu un roman je crois, ce qui m'arrive très rarement. Mais dévoré le dernier numéro de 6 Mois, lu en intégralité, et dont la qualité des reportages, textes et photos, m'épatent à chaque fois.
Au cinéma, j'ai vu Eddie l'aigle, un film sympa comme tout à avoir avec ses enfants et ses ados, et qui raconte l'histoire vraie d'un jeune anglais pas gâté par la nature, et  qui a réalisé son rêve : représenter son pays aux J.O… via le saut à ski. Truth ne m'a pas emballée, surtout quelques semaines après le génial Spotlight. Un gros bof pour Batman vs Superman, aussi vite oublié. 13 hours ne restera pas non plus dans les annales. Gros coup de cœur pour Tout pour être heureux, un très beau film sur un couple qui se sépare, sur un type immature et égoïste qui, mis face à ses responsabilités, devient un vrai papa et un type plutôt bien. L'idée de base n'est pas nouvelle, le scénario sans grande surprise, mais il y a une vraie justesse psychologique et un réalisme dans les rapports humains. Quelques scènes de comédie (vraiment drôle) viennent alléger le propos mais sans jamais tomber dans la grosse comédie. Le jeu de Manu Payet m'a vraiment bluffée. Un très beau film familial je trouve, pas prétentieux, qui émeut pour de bonnes raisons et en échappant à la facilité.
Un mois pluvieux mais heureux au cours duquel nous avons dîné avec pas mal d'amis : vincent & émilie, cécile & christophe avec hélène & jean-philippe, Stephanie & Edo et Laurence, David. Et un agréable week-end belge en famille avec un grand bol de nature.


10.3.16

en février {2016}






Un mois de février très très très occupée par In the mood for Bruxelles. Je me rends compte que l'écriture et les photos n'étaient qu'une petite part du travail. Le plus long et le plus difficile consiste à trouver de nouveaux déposants. Merci à ceux qui m'ont déjà fait confiance (de Bruxelles, à Rennes et Nantes en passant par Paris et jusqu'à la Suisse) et qui passent même de nouvelles commandes (Candide, Filigranes Corner et Sérendipité !). Merci aussi à ma famille, mes amis, connaissances, aux inconnu(e)s qui ont acheté un, voire plusieurs exemplaires, et qui me font des retours vraiment sympas. C'est un plaisir que d'aller poster mes paquets le matin avant d'aller travailler! Pour des infos actualisées sur les lieux où le trouver, vous pouvez jeter un œil à la page facebook du livre : in the mood for bruxelles.
Après les journées bien remplies qui ont suivi la sortie du livre, et un w-e à bruxelles pour le déposer ici et là, nous avons passé une semaine dans le Jura (à skier, bien manger, rigoler, et à éviter l'épidémie de gastro qui a décîmé tout le gîte), quatre jours dans le Gard à se faire chouchouter, puis un week-end à Evreux pour retrouver ma mamie très en forme.
Bref, pas beaucoup de temps à consacrer à la lecture ce mois-ci mais j'ai quand même savouré la suite de L'amie prodigieuse (qui vient d'ailleurs de sortir en poche, et dont j'ai parlé ICI), Le nouveau nom que yann m'a offert. Je ne révélerai pas trop d'éléments sur l'histoire pour ceux qui n'auraient pas encore lu le premier tome. Je dirais seulement que l'on retrouve les deux héroïnes, Lila et Elena, à
16 ans. Toutes deux issues d'un milieu très pauvre dans les années 1950, leurs vies prennent des directions différentes. La question de l'amitié, complexe, est toujours au centre du livre. J'ai rarement vu traitée avec autant de finesse dans un roman, la question des classes sociales et de la difficulté d'en changer. L'auteure exprime extrêmement bien et nous fait ressentir viscéralement le malaise si profond, le sentiment d'illégitimité et celui de ne pas être à sa place, de sa jeune héroïne. C'est aussi un livre très instructif sur les conditions de vie dans les quartiers populaires de Naples et l'extrême misère dans laquelle les gens étaient plongés. La situation des femmes, victimes pour beaucoup de violences conjugales en plus du travail harassant dans leur foyer, était encore plus dramatique. Un livre magnifique qui peine à démarrer mais qui devient passionnant et bouleversant.

Dans les salles aucun film marquant en février. Du coup je prends de l'avance sur mars pour évoquer Triple 9, un thriller génial signé John Hillcoat. Une histoire de flics ripoux, de mafia russo-israélienne à Atlanta. Attention, c'est un film très noir et violent (interdit aux moins de 12 ans avec avertissement) mais bluffant, novateur et qui vous cloue à votre fauteuil. Kate Winslet est épatante (comme d'habitude) mais je retiens surtout la prestation de Casey Affleck (qui incarne un flic intègre), incroyablement sexy et séduisant. Ah, je ne m'en remets pas!

*L'amie prodigieuse et Le nouveau nom, d'Elena Ferrante (Gallimard)
*Triple 9, de John Hillcoat (sortie le 16 mars)

31.1.16

en janvier {2016}




En janvier, j'ai été bien occupée par la finalisation d'un projet sur lequel je travaille depuis plusieurs mois et que je suis impatiente de partager, mais je suis un peu superstitieuse et il me faut encore attendre encore quelques jours.
Du coup, pas beaucoup le temps de lire car j'ai passé l'essentiel de mes soirées devant mon ordinateur. Je ne vous parlerai que d'un seul roman, Vernon Subutex, de Virginie Despentes. J'avais des à-priori sur cette auteure à laquelle j'avais collé une étiquette d'auteure sulfureuse, provocatrice, mais Christophe et Philippe m'en ont parlé avec un enthousiasme fou. Ils m'ont prêté le premier tome de la trilogie. J'ai été scotché par son talent, la finesse de ses analyses et de ses personnages, sa sensibilité humaine et sociale.
Si Vernon Subutex (un disquaire au chômage qui se retrouve sans domicile) est le héros de ce roman, toute une série de personnages gravitent autour de lui. Sans boulot, sans logement, il va dormir chez les uns et chez les autres et retrouver ses vieux copains rockers qui ont chacun pris des directions différentes. L'auteure embarque donc le lecteur dans la peau de personnages extrêmement variés (milieux sociaux et culturels, sexes, situations familiales…) : trader, producteur, militant d'extrême droite, bobo, actrice de porno, sdf…. Et c'est passionnant.
 Elle est d'une telle justesse quand elle se met dans leur peau qu'on a l'impression qu'elle a connu plusieurs vies ou qu'elle a passé des mois en immersion dans d'autres vies que la sienne… Ses personnages sont complexes, jamais manichéens. Même ceux qui nous apparaissent comme les plus antipathiques, elle fait l'effort de comprendre ce qui se passe et se joue dans leur tête. Elle ne condamne jamais totalement personne. Elle est dans l'analyse, l'empathie et la compréhension, pas dans le jugement. Virginie Despentes brasse un grand nombre de sujets de société en portant sur tous un regard hyper intelligent. Pour moi, et c'est assez rare dans la littérature française pour être relevé, le fond du livre c'est la misère sociale. Vernon Subutex est un roman qui rappelle et qui dit à longueur de pages ce que c'est que d'être pauvre et de n'avoir aucune perspective d'avenir. L'injustice de notre société qui condamne des individus à la misère et leur interdit de penser que cela pourra changer un jour. Elle montre tous les ravages collatéraux de ces misères individuelles qui tuent à petit feu.
Un roman qui m'a profondément chamboulée et dont les dernières pages sont d'une beauté incroyable.
Nelly Kaprielan, pour les Inrocks, parle du roman mieux que moi par ICI, un article suivi d'une interview passionnante de Virginie Despentes.

Je vais faire plus court pour le cinéma, mais quatre films m'ont beaucoup plu. Spotlight d'abord.  Une mise en scène sobre pour un film passionnant qui revient sur l'enquête menée en 2001 par une équipe de journalistes du Boston Globe sur des prêtres pédophiles. Un travail journalistique couronnée par le prestigieux Prix Pulitzer. La question de la pédophilie au sein de l'Église reste un énorme problème (10% des prêtres seraient pédophiles) et on se réjouit que ce film donne une deuxième vie au travail de ces journalistes américains.
Carol est un film superbe, bouleversant. Le jeu de Cate Blanchett et de Rooney Mara est d'une précision et d'une délicatesse impressionnants. Voilà bien longtemps qu'une histoire d'amour au cinéma ne m'avait pas autant touchée.
Steve Jobs m'a beaucoup plu et pas seulement car j'ai un faible pour Michael Fassbinder. Je ne connaissais pas grand chose à l'histoire de Steve Jobs et j'ai trouvé que Danny Boyle en dressait un portrait très contrasté faisant apparaître son génie, son assurance, son ambition, sa dureté mais aussi ses failles (incroyable histoire que la sienne : abandonné/ adopté par un couple et "rendu" après un mois/ adopté par une nouvelle famille qui ne correspondait pas aux attentes de la mère biologique et donc procès d'un an. Année durant laquelle il a été compliqué pour les parents adoptifs de s'attacher à un enfant qu'on allait peut être leur retirer). Michael Fassbinder m'a impressionnée, comme à chaque fois. Et j'adore retrouver Kate Winslet, géniale aussi dans ce film.
Et je finis par le film le plus léger, Deadpool. Encore un film de super héros. C'est ce que je pensais, mais pas du tout. Celui-ci n'a rien à avoir. Il est à la fois beaucoup plus sombre, mais aussi et surtout beaucoup plus drôle. Un humour trash, du sexe, et un Ryan Reynolds en grande forme. Il incarne le personnage de Deadpool mais il est aussi l'un des producteurs et il lui a fallu onze ans pour parvenir à monter ce projet tel qu'il le souhaitait. Budget bien plus petit que les autres films du genre. Il y a la dose d'action nécessaire, mais ce sont les dialogues qui sont le plus savoureux. À voir avec ses ados de plus de 13ans.

Et enfin, j'ai bassiné mes amis avec ça, mais après avoir visité et passé une matinée dans leur usine j'ai eu un coup de cœur pour une marque de brosses à dents, Bioseptyl, la seule marque de brosses à dents 100% made in France (TOUS leurs produits sont fait en France) : manches en plastiques dans une usine du Perche et "empoilage" à l'usine de la Brosserie Française à Roubaix. Une vieille manufacture (crée en 1845), maintes fois rachetée, et sauvée in-extremis en 2012 par un entrepreneur français qui a fait rapatrier les machines délocalisées en Chine. Aujourd'hui, cette PME emploie 28 salariés, des ouvrier(e)s qualifiées. Elle favorise le circuit-court et a mis en place un système de vente direct via un site. Et même un système d'abonnement! On choisit la fréquence de son abonnement : tous les uns,  deux ou trois mois. Et on reçoit sa brosse à dents (et celle de  tous les membres de la famille abonnés) dans sa boîte à lettres. Frais de ports gratuits et brosses à dent de qualité!!! C'est moins cher qu'en supermarché  ou en pharmacie. Aider une PME/favoriser le made in France/acheter de la qualité/ne pas dépenser plus (moins de 2€ la brosse)/zapper les distributeurs qui se font des marges dingues… pourquoi hésiter!?  Et le dentifrice 100% produits naturel est super aussi…c'est par là que ça se passe  : www.bioseptyl.fr.

Et voilà pour janvier!

Spotlight, de Tom MacCarthy, sorti le 27 janvier
Carol, de Todd Haynes, sorti le 13 janvier
Steve Jobs, de Danny Boyle, sorti le 3 février
Deadpool, de Tim Miller, sortie le 10 février

Vernon Subutex, tome 1, de Virginie Despentes (Grasset), paru en janvier 2015

24.1.16

en décembre {2015}





En décembre, j'ai lu Little bird, de Craig Johnson, que yann m'a offert et acheté dans notre librairie chouchou à Granville, Le Détour. Décidément, les éditions Gallmeister éditent des perles. Le héros s'appelle Walt Longmire. Il est shérif d'une bourgade du Wyoming depuis plus de vingt ans. C'est un chic type, respecté, intelligent, mais qui s'enfonce dans la déprime depuis la mort de sa femme quatre ans plus tôt. Sa fille adorée est partie faire ses études et ne revient plus très souvent. Son meilleur copain, Henri est un Indien érudit qui tient un bar. Son nouvel adjoint est une adjointe, compétente, sympa et jolie. Walt attend la retraite pour finir de s'enterrer dans son ranch qui ne ressemble plus à rien depuis qu'il est veuf. Mais un meurtre a lieu. Un jeune homme a été assassiné. Il avait été impliqué quatre ans plus tôt dans le viol collectif d'une adolescente de la réserve indienne voisine. Une enquête douloureuse qui avait été menée par notre héros. Il devient assez vite évident que les deux affaires sont liées. L'intrigue policière est prenante mais j'ai été bien plus séduite encore par plein d'autres aspects de ce roman. L'écriture d'abord, superbe. Le héros : un shérif à la limite de l'obésité, dépressif mais avec un humour et un charme qui font craquer toutes les femmes à 50 kilomètres à la ronde. Et enfin le contexte social : le sort des Indiens dans les réserves et la condition de la femme.
Bref, un roman qui réussit l'exploit d'être un vrai roman social et féministe, un thriller efficace et dont j'ai adoré l'humour (pas si éloigné de celui de Lonesome Dove, les deux héros auraient pu être copains…) Attention, le rythme est assez lent, surtout dans les cinquante première pages . Il faut un peu s'accrocher, entrer dans l'ambiance mais ça vaut vraiment le coup!
Deuxième lecture du mois, bien moins convaincante, D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan. Un roman assez énervant… J'ai été prise vraiment par cette lecture, en tous cas sur les trois premiers quarts du livre. Et en même temps, j'ai été agacée, car je l'ai trouvé assez vain, j'ai eu le sentiment que l'auteure tirait à la ligne et revenait sans cesse sur les mêmes questions, en tournat en rond, et sans que la réflexion n'aille très loin. D'un côté une écrivain en panne d'écriture après avoir livré un roman très personnel au succès retentissant, de l'autre une "amie toxique" selon l'expression consacrée qui lui explique qu'elle a le devoir de continuer à se livrer encore davantage dans son prochain livre et que c'est l'essence même de la littérature. La question de la réalité et de la fiction dans la littérature sont donc au cœur de ce roman. L'auteure est très maligne car son livre est présenté comme un "roman" mais tout nous dit que l'héroïne, la narratrice, l'auteur sont une seule et même personne. Elle met donc le lecteur dans la position de s'interroger constamment sur ce qui est de l'ordre de la fiction et de l'ordre de la réalité. Elle le réduit même à cela sans qu'il puisse y échapper. Alors qu'elle nous explique dans son livre que le lecteur doit être au-dessus de ces questionnements. En fait, cette lecture m'a dérangée et mise mal à l'aise car je me suis sentie manipulée et de manière assez facile et gratuite.

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Et sinon, dans ma vraie vie, le mois de décembre a été très rempli. Vente/expo photos à Paris (merci Barbara) puis à bordeaux (merci Virginie, James et Charlotte) et c'était une super expérience même si bien angoissant et très prenant.
 Des fêtes de noël reposantes à Granville, puis une semaine à Göteborg tous les cinq. Une ville petite, moins jolie et intéressante que Stockholm, mais bon, sans doute pas la meilleure période de l'année pour l'apprécier…! Pas de neige malheureusement et la nuit qui tombe à 15h30. Mais la semaine dans une très belle maison d'architecte (échange de maison avec une famille sympa comme tout) a été agréable et reposante. Lecture, jeux de société, goûters suédois au coin du feu, puis apéros au coin du feu… c'était bien!! Carnet de voyage à retrouver très vite sur www.etpourquoipasailleurs.blogspot.fr

23.12.15

en novembre {2015}




La fin du mois de décembre arrive et je n'ai pas pris le temps d'évoquer les lectures et films de novembre. Un mois qui s'est arrêté brutalement le vendredi 13 et qui nous a tous laissés sous le choc et dans un drôle d'état les jours suivants avec le sentiment très fort d'un avant et d'un après et que l'après ne pourrait plus être aussi léger et insouciant. Et au fil des jours, même si les attentats étaient de toutes les conversations, on a recommencé à rire, à sortir, à vivre comme avant,  comme si ça ne pouvait pas recommencer au coin de la rue, au cinéma, dans le métro…

Au moment des attentats, j'avais tout juste entamé Americanah (de Chimamanda Ngozi Adiche) cadeau de Raphaële pour mon anniversaire. Un roman génial dont m'avait aussi parlé avec passion une libraire de Bruxelles il y a quelques mois. L'héroïne d'Americanah est une jeune nigeriane,  intelligente, drôle, indépendante, jolie, libérée. Elle vit un bel et grand amour avec Obinze. Puis, elle part vivre aux États-Unis où se passe l'essentiel du récit. Après des débuts douloureux et difficiles, elle devient l'auteure d'un blog à succès, noue une relation amoureuse et de belles amitiés avant de repartir, treize ans plus tard, pour son pays d'origine. Un roman passionnant qui propose une réflexion subtile sur la femme noire, et plus précisément sur la femme noire africaine aux Etats-Unis (que l'auteure distingue de la femme afro-américaine) dans un pays de Blancs. Un livre génial, à la fois roman d'amour, politique et une vraie héroïne, intelligente et subtile, mais qui n'est pas infaillible non plus. La très belle écriture de l'auteure participe bien sûr au plaisir de dévorer cet épais roman. J'ai maintenant très envie de lire L'autre moitié du soleil dont j'ai également entendu dire le plus grand bien. Un portrait de son auteure dans Le Monde à lire par là.
Sur les conseils de Raphaël, le libraire du Détour, à Granville et fou de littérature américaine, j'ai lu Les Privilèges, de Jonathan Dee. Le roman s'ouvre sur le mariage d'un tout jeune couple, Cynthia et Adam. Deux jeunes gens beaux, sûrs d'eux qui suscitent envie et admiration. On attend la chute, mais non, c'est leur ascension sans fin que nous décrit l'auteur. L'amour qu'ils ont l'un pour l'autre jamais ne déclinera et constituera le socle de leur réussite sociale. On suit, fascinés, cette ascension vertigineuse dont ils n'auront jamais douté qu'elle arrivera. Ils atteignent un niveau de richesse à peine imaginable. Ils redistribuent une partie de leur fortune en créant fondations et associations, qui occupent Cynthia à temps complet. L'amour qu'ils éprouvent l'un pour l'autre et pour leurs enfants nous les rend supportables, car sinon, c'est avec une certaine stupeur que l'on regarde vivre cette femme, qui jamais ne regarde en arrière et affronte chaque difficulté de la vie avec un pragmatisme et un sens de l'efficacité stupéfiants. Son mari, Adam, dont chaque pas semble guidé par l'amour sans faille qu'il éprouve pour sa femme, constitue un spectacle tout aussi étonnant. Une critique intéressante à lire sur Le Monde, par ICI.
Au cinéma, j'ai beaucoup apprécié My skinny sister, un film suédois qui aborde le thème de l'anorexie avec intelligence et subtilité. Un film qui parvient à être pédagogique et explique très bien les ressorts de  la maladie sans être dans la démonstration. La maladie qui ronge et détruit Katja, une adolescente de 16 ans, est abordée par le biais du regard de sa jeune sœur, Stella 13 ans, rondelette, vive, mélange de naïveté et de maturité. J'ai beaucoup aimé aussi Les Cowboys qui décrit la quête obsessionnelle d'un père pour retrouver sa fille partie avec le jeune islamiste dont elle est tombée amoureuse. Un sujet douloureusement d'actualité mais dont l'action débute pourtant au début des années 90. Francois Damien et le jeune Finnegan Oldfield sont épatants.
Pour rester dans la quête La vie très privée de Mr Sim, m'a beaucoup plu aussi. Un road-movie psychologique avec le génial Jean-Pierre Bacri. C'est drôle, touchant et plein de fantaisie aussi.
Enfin, The Big Short : le casse du siècle est un film génial qui réussit l'exploit de rendre passionnante et un peu moins obscure la crise financière liée à la bulle immobilière dans les années 2000. Un casting impressionnant (Ryan Gosling, Brad Pitt, Steve Farell, Christian Bale…), une mise en scène et un montage hyper dynamique, beaucoup d'humour.

4.11.15

en octobre {2015}




Un mois d'octobre moitié paris/moitié normandie. Les paysages du Cotentin en automne sont somptueux. Des balades, de bon petits plats et pâtisseries partagés avec notre amie marie-hélène, des jeux de société et des soirées de rigolades et de musique avec nos enfants et les siens. Du temps pour lire aussi. Avant les vacances, j'ai lu La Terre qui penche de Carole Martinez. L'histoire de Blanche,
12 ans, dans la France du 14e siècle. Une petite fille, vendue par son père et destinée à épouser le fils de la famille, Aymon que Blanche voit d'abord comme "un être débile, un simple d'esprit" avant de s'attacher à lui. Blanche est lâchée comme un paquet encombrant, sans explication aucune, dans sa nouvelle famille. Là, elle va apprendre qu'un père peut aimer son enfant, qu'elle est capable d'apprendre, à écrire, à lire. Un roman dans lequel j'ai eu du mal à entrer, à l'écriture très particulière, mais qui devient envoûtante au fil des pages. C'est superbe et très fort.
J'ai attendu les vacances pour savourer le deuxième tome de Lomesome Dove. J'avais dévoré le premier cet été sur les routes de l'ouest américain et c'était une chance que de lire ce livre sur les lieux même de son histoire. On retrouve notre troupe de cow-boys menés par Augustus et Call, deux anciens rangers plus tout jeunes, amis à la vie-à la mort et tellement différents. On les suit dans leur folle aventure : conduire du bétail du Texas au Montana, en traversant des mois durant des contrées dangereuses. On apprend à mieux connaître certains membres de la troupe :  le jeune et attachant Newt ou encore le fidèle Deets. Les deux personnages féminins sont de vrais beaux personnages : Lorena, la jeune prostituée, et Clara l'amour de jeunesse d'Augustus. Je n'aurais pas imaginé que je pourrais autant me passionner pour un western. Ces deux romans m'ont emportée, enthousiasmée, émue…Augustus fait déjà partie de mon panthéon de personnages littéraires. Lisez le, offrez-le… : Lonesome Dove est un vrai chef-d'œuvre de la littérature américaine.
Je me suis ensuite plongée dans Une constellation de phénomènes vitaux, d'Anthony Marra. Un premier roman qui se passe en Tchétchénie, entre 1994 et 2014. Une histoire compliquée à résumer avec des va-et-vient entre différentes périodes de l'histoire du pays et des personnages qui vont tous se croiser, à une époque ou une autre. C'est à la fin du roman, que tous les liens et la chronologie nous apparaissent clairement. Le fil principal, c'est Havaa une fillette de 8 ans, originaire d'un petit village. En 2004, en pleine guerre, après que son père ait été emmené à la Décharge par les Russes, un lieu dont on revient pas, c'est Akhmed, un voisin qui la protège. Il emmène la petite fille à onze kilomètres de là, dans un hôpital dévasté où une chirurgienne renommée, Sonja, ampute, suture, met des bébés au monde avec efficacité mais sans émotion apparente. Sonja est obsédée par l'idée de retrouver Natasha, sa sœur cadette. Akhmed, médecin raté et dessinateur doué reste à l'hôpital et assiste Sonja. Tous deux veillent sur Havaa. Au village, reste Khassan, un vieil homme qui aime Akhmed et Havaa plus que son propre fils, devenu informateur pour les Russes. Le roman raconte les cinq jours qui suivent l'arrivée d'Havaa et Akhmed à l'hôpital. En alternance, l'auteur revient sur des années passées : l'enfance de Sonja et Natasha, la naissance d'Havaa, l'amour de Khassan pour Mirza… Tous ces personnages qui se croiseront à un moment du livre et un ont un lien, parfois ténu, entre eux. Un roman fort et très dur où il est question d'amour, d'amitié, de sacrifices, de trahisons, de deuil, de barbarie. La lecture de la première moitié a été assez laborieuse. Je n'étais pas très convaincue par l'écriture, par certains "tics" littéraires (le procédé "flash forward" qui nous indique ce que deviendront certains personnages des années plus tard et dont l'auteur use et abuse), par des personnages un peu trop "personnages"… et puis, à un moment, je me suis surprise à ne plus pouvoir cesser ma lecture, de plus en plus bouleversée.

Au cinéma, le film le plus incroyable du mois a été pour moi et de très très loin Le fils de Saul. J'ai eu la chance d'interviewer cette semaine son jeune réalisateur (franco-hongrois). Il  nous plonge au cœur des chambre à gaz d'Auschwitz-Birkenau. Il épouse le point de vue d'un homme, Saul, membre d'un sonderkommando voué à la mort, mais avant cela, chargé de conduire les arrivants des convois dans les "douches", de récupérer leurs biens dans les vestiaires, de se débarrasser des vêtements, de sortir les corps une fois que les gaz ont fait leur œuvre, de nettoyer le sang versé. Le tout à un rythme effroyable puisqu'à l'été 44, 12 000 personnes arrivaient chaque jour. Une tâche à rendre fou. On imagine que c'est parce que la folie a commencé à le gagner et aussi parce qu'il veut accomplir un geste qui le rattache à l'humanité, qu'il n'a plus qu'une idée fixe : enterrer le corps d'un jeune garçon et lui offrir une cérémonie. Le réalisateur a eu cette idée incroyable de nous conduire au cœur des enfers en suivant un personnage animée d'une seule une volonté, désespérée, la plus ancestrale : celle d'enterrer un corps et de lui rendre hommage afin qu'il repose en paix. C'est évidemment un film très dur, mais il réussit l'exploit d'éviter totalement la complaisance en filmant l'horreur. Il nous la fait ressentir de manière charnelle. Tout ce que le spectateur voit, il le voit à travers le regard de Saul. Un regard subjectif, partiel, fractionné.  Le seul moyen, selon le réalisateur, de donner l'"intuition" au spectateur, de ce que pouvait ressentir un individu au sein d'un camp de concentration. Il s'écarte de tous les autres films qui présentent une vision globale du camp ou/et le montre d'un point de vue extérieur. Or, nous explique t-il, le regard des prisonniers était très limité : visuellement, en terme d'informations etc…Là, nous sommes Saul, un homme qui ne voit plus les visages des victimes, qui charrie des corps dont il ne perçoit plus que des morceaux. On ne voit plus, comme lui, que ce qui peut l'aider à enterrer le corps de l'adolescent. Un film complètement inédit, cinématographiquement impressionnant et émotionnellement bouleversant. Je vous recommande l'interview passionnante qu'il a accordée à Serge Kaganski dans les Inrocks de la semaine.

La Terre qui penche, de Carole Martinez (Gallimard), 20€
Lonesome Dove, de Larry McMurtry, en deux tomes (Gallmeister), 11, 20 € chaque
Une constellation de phénomènes vitaux, d'Anthony Marra (J.C Lattès), 22€

Le fils de Saul, de László Nemes. Sorti le 4 novembre. Grand Prix au Festival de Cannes.