et pourquoi pas demain

19.5.14

Les soldats de l'aube

Ça commence comme ça : "Il se réveilla brutalement d'un sommeil détrempé d'alcool, ses côtes qui l'élançaient étant la première sensation consciente qui lui vint. Puis ce furent, là et là, son œil et sa lèvre supérieure qui avaient enflé, l'odeur de moisi et de produits antiseptiques de la cellule, celle, aigrelette, de son corps, et le goût salé du sang et de la bière rance dans sa bouche."


C'est le troisième roman de Deon Meyer que je lis et décidément cet auteur sud-africain est bien talentueux. Après avoir fréquenté avec bonheur le flic Matt Joubert dans Jusqu'au dernier puis Benny Griessel dans 13 heures, c'est Zatopek Van Heerden qui est cette fois sur le devant de la scène, Matt Joubert ne faisant que quelques rares apparitions. L'intrigue ne m'a pas emballée plus que ça, mais c'est la psychologie de ce personnage torturé qui est passionnante. Comme dans 13 heures, le roman est construit sur un système d'alternance. Un chapitre est consacré à l'intrigue (Van Heerden, ancien flic, est engagée par Hope Beneke, une sympathique et jolie avocate pour retrouver un testament volé après un crime) et le suivant revient sur l'histoire personnelle du héros, depuis son enfance, et sur le pourquoi du comment il en est venu à  détester l'humanité toute entière et encore davantage sa propre personne. Les deux récits sont intimement liées et le sont de plus en plus au fil des pages car l'enquête qu'il mène va avoir un impact considérable sur lui. Pas besoin d'être devin pour comprendre que l'adorable Hope y est pour quelque chose.
Van Heerden est un type super attachant. Un vrai gentil traumatisé. J'aime beaucoup les rapports qu'il entretient avec sa mère. Et comment résister à cet homme perdu qui trouve du réconfort en cuisinant. Il mitonne des plats alléchants en écoutant de la musique classique : "Il fit légèrement et lentement revenir l'ail et le persil dans la grande poêle à frire, l'arôme du plat montant avec la vapeur et se répandant dans la pièce. Il huma tout cela avec plaisir et fut vaguement surpris de constater qu'il y arrivait encore. Verdi dans les petits hauts-parleurs. La Traviata. De la musique pour faire la cuisine."
On n'est pas dans la gaieté (les types qu'il pourchasse sont de gros malades), mais l'auteur assaisonne son texte (avec subtilité, juste ce qu'il faut) d'un humour qui me plaît bien, ce qui allège l'ambiance. Les dialogues entre Van Heerden et P'tit Mpayipheli, un chouette personnage qui arrive dans la dernière parti, sont particulièrement savoureux car l'humour cache une vraie tendresse entre ces deux (faux) gros durs. Enfin, ingrédient essentiel de ce roman : les jolis sentiment. Car au fond, Zatopek Van Heerden, ne rêve que d'une chose depuis toujours : rencontrer LA femme de sa vie.

Les soldats de l'aube, de Deon Meyer (Points), 2003, 8,20€

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